Un développeur brillant, un logiciel révolutionnaire, une accusation de vol. Présenté le 10 mai 2026 au cinéma L’Arlequin dans le cadre de la NollywoodWeek, Wire Wire pose une question que la diaspora africaine connaît bien : à quoi sert le talent quand le système vous écrase ?
Attentifs, les spectateurs découvrent les coulisses d’un septième film né d’une arnaque reçue à 4 heures du matin , et d’une conviction : tous les Nigérians ne sont pas des criminels.
Bolanle Austen-Peters devant l’affiche du Nollywood Week Film Festival :23 ans dans l’industrie culturelle nigériane, sept longs-métrages, et une première à Paris pour Wire Wire.
L’essence de ce film est de montrer au monde que tous les Nigérians ne sont pas des criminels. Ce n’est qu’une poignée de mains qui fait ce travail terrible », a dit Bolanle Austen-Peters au public.
Une histoire née d’une arnaque à 4h du matin
Wire Wire ne commence pas dans une salle de scénaristes. Il commence dans la boîte mail de Bolanle Austen-Peters, réalisatrice nigériane à l’origine du projet. Un matin à 4 heures, elle reçoit un message qui semble venir de sa banque. Elle clique. Dix minutes plus tard, son compte est vide. « Le logo de la banque avait été légèrement déformé », a-t-elle dit au public du cinéma L’Arlequin.
Ce détail presque invisible lui coûte tout , et lui donne une idée. Elle enquête auprès de victimes, collecte des témoignages, va jusqu’à rencontrer de vrais Yahoo Boys pour comprendre leur fonctionnement de l’intérieur. Trois ans de travail plus tard, c’est son septième film, et le premier né d’une expérience aussi personnelle.
Accrédité par la NollywoodWeek, Ébène Magazine vous invite à découvrir un extrait de Wire Wire, où le génie africain se retrouve piégé par le système. Cliquez sur lecture pour lancer la vidéo !
Bolanle Austen-Peters répond à la salle après la projection , trois ans de travail, une bande originale entièrement refaite et un montage retravaillé jusqu’à la veille, elle assume chaque choix.
Trois ans, cent remontages, une exigence totale
Le film a failli ne jamais sortir. Bolanle Austen-Peters le finalise, le range un an, tourne un autre film, puis y revient. La bande originale est refaite entièrement. Le montage retravaillé jusqu’aux derniers jours avant Paris. « Il n’y a pas d’urgence à sortir quelque chose dont vous n’êtes pas satisfait. C’est là pour la postérité », a-t-elle dit au public.
Lilian Afegbai, actrice principale venue spécialement du Nigeria pour la projection parisienne, a résumé sans détour : « Je ne peux pas vous dire combien de fois elle a remonté ce film, sûrement plus de cent fois. »
Tous les Nigérians ne sont pas des Yahoo Boys
Le film suit Tobi, développeur en cybersécurité, accusé de vol et emprisonné alors qu’il s’apprête à lancer son logiciel. Derrière l’intrigue, un message politique assumé.
« L’essence de ce film est de montrer au monde que tous les Nigérians ne sont pas des criminels. Ce n’est qu’une poignée de mains qui fait ce travail terrible », a dit Bolanle Austen-Peters au public.
Elle choisit délibérément de centrer le récit sur un Yahoo Boy éduqué, diplômé, qui bascule dans la fraude pour des raisons financières. Pas de clichés, pas de caricature, un miroir tendu à une génération de cerveaux africains qui évoluent dans la tech sans filet de protection.
Ce que la diaspora voit dans la salle
Dans le public du cinéma L’Arlequin, les réactions disent tout. Anna, chargée de gestion administrative dans le domaine culturel, a confié à Ébène Magazine : « La culture africaine, il ne faut pas que ça se perde pour les jeunes. On n’oublie pas d’où l’on vient. »
Koniba, étudiante en banque-finance, est allée plus loin : « Les cultures s’uniformisent, maintenant toutes les cultures s’occidentalisent. Ce rendez-vous peut devenir un lieu de rencontre pour les jeunes, pour les gens de la diaspora », a-t-elle révélé à Ébène Magazine.
Serge Noukoué, cofondateur du festival, observe lui aussi l’évolution du public : « On voit un public qui est peut-être de plus en plus diversifié », a-t-il confié à Ébène Magazine.
Le public du cinéma L’Arlequin écoute une réalisatrice qui a rencontré de vrais Yahoo Boys pour comprendre leur monde de l’intérieur avant d’écrire son film.
Wire Wire a été présenté le 10 mai 2026 au cinéma L’Arlequin à Paris, dans le cadre de la 13e édition de la NollywoodWeek Film Festival. C’est sa deuxième apparition en festival international, après sa première au Festival du film de Joburg en mars 2026.

Written by Rédactrice Ebène
Related Articles
Related
Des tomates pour purifier l’eau : la diaspora africaine réinvente le traitement des eaux usées
EBÈNE MAGAZINEDes plantes locales pour filtrer les eaux usées, une moyenne d'âge de 30 ans, et une ambition claire : éradiquer le choléra et la diarrhée. Présentée à Paris lors de la Semaine Africaine de l'UNESCO le 21 mai 2026, l'innovation portée par l'association...
À l’UNESCO, l’Afrique des cerveaux prend les commandes de son destin
EBÈNE MAGAZINEL'Afrique ne veut plus subir, elle conçoit. Réunis à Paris le 21 mai 2026 lors de la Semaine Africaine de l'UNESCO, experts et chercheurs ont posé les bases d'un continent prêt à financer ses propres solutions face au changement climatique et aux défis...
EBÈNE MAGAZINEUn studio lancé en deux mois. Une ingénieure noire face à des trafiquants. Des tickets de coproduction à partir de 1 000 euros. Christian Dzellat-Nkoussou, fondateur du média Nofi, ne théorise pas le changement, il le finance, le tourne et le distribue...
Rejoignez la communauté Ebène
Ne manquez aucune de nos exclusivités web et participez au débat sur nos réseaux sociaux.