15 biens inscrits seulement. Un déficit que l’Afrique centrale veut combler, vite. Le 18 avril 2026, diplomates, experts et artistes se sont réunis à l’UNESCO à Paris pour tracer une nouvelle stratégie et placer la diaspora au cœur du dispositif.
Les délégations des pays partenaires aux côtés de l’Afrique centrale pour défendre son patrimoine à l’UNESCO.
Les Ambassadeurs de la RDC, du Cameroun, de l’Angola et du Congo pour porter d’une seule voix le patrimoine de l’Afrique centrale.
L’objectif est de faire en sorte que nous puissions mieux faire connaître notre patrimoine, connu et inconnu, pour faire en sorte que, grâce à l’expertise de l’UNESCO, nous puissions soumettre beaucoup plus de dossiers que par le passé
Un moment historique dans « cette maison »
C’est la première fois en deux ans que le sous-groupe régional de l’Afrique centrale traite d’un sujet d’une telle envergure au sein de l’UNESCO. Le ton est donné d’emblée par Lazare Eloundou Assomo, spécialiste du Centre du Patrimoine Mondial : « Depuis deux ans, c’est la première fois que le sous-groupe de l’Afrique centrale traite d’un thème aussi majeur dans cette maison. Je voudrais le dire personnellement, c’est vraiment important », a-t-il révélé à l’assemblée.
Autour de la table : les délégations de la RDC, de l’Angola, du Congo-Brazzaville et du Burundi, aux côtés de partenaires de poids, Brésil, Chine, plusieurs pays européens. Une unité rare, au service d’une ambition commune.
Une écoute captivée par les enjeux du numérique et de la vulgarisation des savoirs locaux.
Les délégations de la Chine et du Brésil aux côtés des représentants africains pour appuyer la stratégie d’inscription à l’UNESCO
Soumettre plus de dossiers, mieux faire connaître le continent
L’objectif est concret. Henri Ossebi, ambassadeur du Congo-Brazzaville à l’UNESCO, fixe la feuille de route sans détour : « L’objectif est de faire en sorte que nous puissions mieux faire connaître notre patrimoine, connu et inconnu, pour faire en sorte que, grâce à l’expertise de l’UNESCO, nous puissions soumettre beaucoup plus de dossiers que par le passé », a-t-il confié à Ébène Magazine.
Derrière cette ambition diplomatique, une stratégie d’influence assumée. Cette journée ne célèbre rien; elle pose les bases d’un nouveau rapport de force culturel.
La diaspora appelée à jouer son rôle
Le message adressé aux communautés africaines établies en Europe est direct. Maria Cândida Pereira Teixeira, déléguée permanente de l’Angola auprès de l’UNESCO, ne mâche pas ses mots : « Il faut que la diaspora soit attentive pour savoir qu’est-ce que nous avons là-bas en Afrique et qu’est-ce que nous pouvons faire ensemble ici pour promouvoir cette valeur. Nous sommes un continent avec des richesses incommensurables qu’il faut montrer au monde entier », a-t-elle déclaré à Ébène Magazine.
Pour les diplomates présents, la diaspora n’est pas un public à informer, c’est un levier à activer.
Du zéro à quatre inscriptions : la preuve par le Cameroun
Sur le terrain des résultats, les exemples encourageants existent déjà. Ana González Medina, experte du Patrimoine Culturel Immatériel, note une accélération spectaculaire depuis 2020. Le Cameroun est passé de zéro à quatre éléments inscrits en un temps record. La coopération multinationale, comme pour la Rumba ou le Songo, porte ses fruits.
Reste à aller chercher les savoirs là où ils vivent encore. Marien Fauney Ngombé, écrivain et président des Ateliers Citoyens du Congo, insiste sur la transmission directe :
- valoriser les savoir-faire des peuples autochtones, comme les chants polyphoniques des Aka
- utiliser le numérique pour rendre ces héritages accessibles
- aller au contact des dépositaires de l’histoire
« Il faut aller voir les dépositaires de l’histoire de l’Afrique. La nature est imbriquée avec la culture en Afrique. Notre travail est d’utiliser le numérique pour vulgariser cela », a-t-il expliqué.
La relève au rendez-vous : de jeunes visages de la diaspora engagés pour la transmission des traditions.
Un lien fondamental entre l’art et la nature »
Dans la salle, les participants repartent avec une conviction renforcée. Lisse Makima, curatrice d’art, résume ce que cette journée a cristallisé : « Ce que j’ai retenu aujourd’hui, c’est qu’il y a un lien vraiment fondamental entre l’art et la nature. Ce lien est le fait de préserver les savoir-faire qui permettent de transmettre les traditions artistiques aux générations futures », a-t-elle confié à Ébène Magazine.
Préserver le patrimoine, ce n’est pas archiver le passé. C’est garantir que les générations suivantes, y compris celles nées en diaspora, auront encore quelque chose à transmettre.

Written by Rédactrice Ebène
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