La Maison du Brésil à Paris a accueilli, le 16 avril 2026, une conférence historique sur la décolonisation des méthodologies de recherche. Caroline Sousa Arapiun, archéologue, et Edilene Alves Munduruku, doctorante en éducation, ont exposé comment les peuples autochtones transforment l’université brésilienne en passant du statut d’objets d’étude à celui de producteurs de science. Pour la diaspora africaine, ces parcours de résistance offrent un miroir saisissant sur les luttes pour l’accès au savoir et la reconnaissance identitaire.
À la Maison du Brésil, le public écoute attentivement les analyses sur l’accès des minorités à l’enseignement supérieur.
Caroline Sousa Arapiun et Edilene Alves Munduruku écoutent les questions de l’auditoire pour approfondir le débat sur la décolonisation des savoirs.
Les scientifiques aiment étudier les populations autochtones comme objet d’étude, mais quand les objets commencent à parler, là ils ne veulent plus. Nous ne voulons pas nous victimiser, mais lutter pour avancer », a précisé Caroline Sousa Arapiun lors des échanges.
L’événement s’inscrit dans le cycle « Résister par l’art : voix autochtones des Amériques ». Devant une assistance internationale, les intervenantes ont démontré que la science peut devenir un outil de préservation des territoires et de lutte contre les crises climatiques. Au Brésil, cette révolution académique est le fruit de longues mobilisations, notamment la grève de 2016 à l’Unicamp, qui a permis de multiplier par dix le nombre d’étudiants autochtones en quelques années.
Le public suit le cycle de conférences, marquant l’intérêt pour les nouvelles méthodologies de recherche portées par les peuples autochtones.
Le public suit le cycle de conférences, marquant l’intérêt pour les nouvelles méthodologies de recherche portées par les peuples autochtones.
L’auto-archéologie contre la destruction de l’Amazonie
En effet,Caroline Sousa Arapiun utilise l’archéozoologie pour étudier les pratiques de pêche millénaires. Son approche, qu’elle nomme « auto-archéologie », combine les données scientifiques avec la sagesse ancestrale de son territoire pour proposer des modèles d’usage durable des ressources.
« Nous venons pour apprendre, mais nous apportons aussi beaucoup de sagesse venant de nos territoires. On est ensemble pour lutter contre toute cette grande destruction qui a lieu au Brésil », a confié l’ archéologue Caroline Sousa Arapiun au public présent dans la salle.
L’université : un espace de réaffirmation ethnique
Pour Edilene Alves Munduruku, l’accès à l’enseignement supérieur ne se résume pas à l’obtention d’un diplôme. C’est un processus de « resignification » de l’identité. Malgré la mise en place de discriminations positives (quotas), les étudiants font face à un racisme souvent subtil et à une remise en question de leur capacité intellectuelle.
« Les collègues blancs croient à une incapacité, ils doutent de la capacité intellectuelle des étudiants autochtones. Toutes ces luttes se rejoignent sur les questions socio-économiques qui jouent un rôle majeur dans l’accès et la permanence à l’université », a révélé Edilene Alves Munduruku à la l’assistance.
Des points communs avec la diaspora africaine
Interrogée sur les similitudes entre le parcours des peuples autochtones et celui des populations afro-diasporiques, Edilene Alves Munduruku souligne que, malgré des les contextes diffèrent, les obstacles rencontrés par les peuples autochtones au Brésil font écho aux difficultés de la diaspora en France. Les problématiques d’accès à une éducation de qualité et les préjugés en salle de classe constituent un socle commun de revendications.
Les défis de la permanence à l’université
- Difficultés socio-économiques : Le défi n’est pas seulement d’entrer à l’université, mais d’avoir les moyens d’y rester (logement, bourses).
- Barrière de la langue : Pour beaucoup d’autochtones, le portugais est une seconde langue, ce qui génère un sentiment de déphasage.
- Solidarité féminine : Les femmes autochtones se perçoivent comme des « femmes semences », construisant le futur de leur communauté à travers des réseaux de soutien.
Vers une recherche plus juste
La décolonisation de la recherche passe par la fin de l’instrumentalisation des populations locales. Trop souvent, les scientifiques souhaitent travailler « sur » les peuples autochtones, mais refusent de travailler « avec » eux dès que ces derniers revendiquent leur autonomie de pensée.
Les intervenantes exposent leurs recherches devant les participants, transformant l’université en un espace de réaffirmation ethnique.
« Les scientifiques aiment étudier les populations autochtones comme objet d’étude, mais quand les objets commencent à parler, là ils ne veulent plus. Nous ne voulons pas nous victimiser, mais lutter pour avancer », a précisé Caroline Sousa Arapiun lors des échanges.
L’internationalisation de ces recherches brésiliennes permet aujourd’hui une meilleure reconnaissance de leur qualité en France. Cette collaboration entre universités ouvre la voie à une science plus inclusive, où le savoir n’est plus un outil de domination, mais un pont entre les civilisations.

Written by Rédactrice Ebène
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