90 secondes. Une accroche. Un suspense. Et une audience qui grandit épisode après épisode. Le 9 mai 2026 à Paris, lors de la NollywoodWeek, le producteur Yusuf Abdul Qadir a posé les bases d’une révolution silencieuse, celle du micro-drama comme outil d’émancipation pour les créateurs africains.
Yusuf Abdul Qadir échange avec un spectateur devant l’affiche : la conversation continue bien après la séance.
Le public prend la parole : entre diaspora et curieux européens, les questions fusent sur l’IA, le format vertical et l’avenir du cinéma africain.
Si vous ne les attirez pas, ils continueront à faire défiler. Si vous n’avez pas de suspense, ils arrêteront de regarder », a dit Yusuf Abdul Qadir devant le public du cinéma L’Arlequin
Un format, une logique, une opportunité
Le micro-drama, c’est d’abord une structure : moins de deux minutes par épisode, format vertical, pensé pour le téléphone. Les règles sont simples mais impitoyables.
« Si vous ne les attirez pas, ils continueront à faire défiler. Si vous n’avez pas de suspense, ils arrêteront de regarder », a dit Yusuf Abdul Qadir devant le public du cinéma L’Arlequin.
Ce format s’inscrit dans ce qu’il appelle l’économie de l’attention : un monde où le téléphone a remplacé la salle de cinéma, et où la viralité prime sur la durée.
De 1 000 à 400 000 abonnés en trois ans
Les chiffres parlent mieux que les théories. Yusuf Abdul Qadir cite le cas d’un acteur formé à l’école de cinéma de Syracuse, invisible pendant des années dans le système traditionnel. En trois ans de sketchs de 90 secondes publiés sur Facebook et Instagram :
- son audience passe de 1 000 à 5 000, puis à plus de 400 000 abonnés
- les studios le contactent désormais pour intégrer leurs productions
« Les créateurs capables de bâtir une audience peuvent l’emmener avec eux dans leur voyage », a-t-il dit au public.
Une salle attentive, téléphones en poche : le public que Yusuf Abdul Qadir cherche à convaincre est précisément celui qui se trouve devant lui.
L’IA pour produire sans millions
Derrière le format court, une révolution technique. L’intelligence artificielle permet à des créateurs à petit budget de produire des effets visuels autrefois inaccessibles.
« Si vous avez un projet de science-fiction et que vous avez besoin de VFX, l’IA peut réduire ces coûts de manière significative », a confié Yusuf Abdul Qadir à Ébène Magazine. « On n’a pas besoin de studios gigantesques. On tourne devant un écran vert et on ajoute les décors grâce à l’IA. »
Son laboratoire, l’After New York AI Creator Lab, forme gratuitement des créateurs africains et afro-américains à ces outils, avec une équipe de 30 volontaires.
Les données, seul argument qui compte
Pour convaincre des financeurs, il a un message sans détour : oubliez les communiqués de presse. « Quelles sont vos vues ? Quels sont les âges des personnes qui regardent ? Quelles sont leurs localisations ? Ce sont ces données que vous présentez aux financeurs », a-t-il dit à l’assistance. « La donnée est reine. »
Le même saut que le mobile
Sur la question des infrastructures africaines, Yusuf Abdul Qadir refuse le défaitisme. Le parallèle est limpide : le continent n’a pas eu besoin de câbles pour entrer dans l’ère numérique, il a sauté directement au sans-fil.
« Pour le cinéma, c’est la même chose. Avec les outils numériques et l’IA, on peut atteindre une qualité internationale sans studios physiques gigantesques », a-t-il révélé à Ébène Magazine.
Posséder toute la chaîne
L’enjeu, pour lui, dépasse la technique. Il s’agit de contrôler l’intégralité du processus, de l’idée à la distribution. « L’entière propriété, de l’idéation jusqu’au visionnage, commence maintenant à être entre nos mains », a-t-il dit au public.
Son propre projet, With Liberty and Justice for Some, coproduit avec Generate Labs au Nigeria, en est la démonstration : 8 épisodes en saison 1, entièrement produits et distribués sans intermédiaire. La première saison est déjà en boîte.
La diaspora africaine n’a pas à attendre la permission de quiconque pour raconter ses histoires. Les outils sont là.
Le public du cinéma L’Arlequin suit l’exposé de Yusuf Abdul Qadir sur le micro-drama, nouveau format qui bouleverse les codes du cinéma africain.
Ce panel s’est tenu le 9 mai 2026 au cinéma L’Arlequin à Paris, dans le cadre de la 13e édition de la NollywoodWeek Film Festival, parrainée par Thomas Ngijol.

Written by Rédactrice Ebène
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