EBÈNE MAGAZINE

Written by Rédactrice Ebène

90 secondes. Une accroche. Un suspense. Et une audience qui grandit épisode après épisode. Le 9 mai 2026 à Paris, lors de la NollywoodWeek, le producteur Yusuf Abdul Qadir a posé les bases d’une révolution silencieuse, celle du micro-drama comme outil d’émancipation pour les créateurs africains.

Yusuf Abdul Qadir, fondateur de l'After New York AI Creator Lab, prend la parole lors du panel micro-drama de la NollywoodWeek 2026 à Paris, sur la création numérique africaine et l'intelligence artificielle.

Yusuf Abdul Qadir échange avec un spectateur devant l’affiche : la conversation continue bien après la séance.

Yusuf Abdul Qadir, fondateur de l'After New York AI Creator Lab, prend la parole lors du panel micro-drama de la NollywoodWeek 2026 à Paris, sur la création numérique africaine et l'intelligence artificielle.

Le public prend la parole : entre diaspora et curieux européens, les questions fusent sur l’IA, le format vertical et l’avenir du cinéma africain.

Si vous ne les attirez pas, ils continueront à faire défiler. Si vous n’avez pas de suspense, ils arrêteront de regarder », a dit Yusuf Abdul Qadir devant le public du cinéma L’Arlequin

Un format, une logique, une opportunité

Le micro-drama, c’est d’abord une structure : moins de deux minutes par épisode, format vertical, pensé pour le téléphone. Les règles sont simples mais impitoyables.

« Si vous ne les attirez pas, ils continueront à faire défiler. Si vous n’avez pas de suspense, ils arrêteront de regarder », a dit Yusuf Abdul Qadir devant le public du cinéma L’Arlequin.

Ce format s’inscrit dans ce qu’il appelle l’économie de l’attention : un monde où le téléphone a remplacé la salle de cinéma, et où la viralité prime sur la durée.

De 1 000 à 400 000 abonnés en trois ans

Les chiffres parlent mieux que les théories. Yusuf Abdul Qadir cite le cas d’un acteur formé à l’école de cinéma de Syracuse, invisible pendant des années dans le système traditionnel. En trois ans de sketchs de 90 secondes publiés sur Facebook et Instagram :

  • son audience passe de 1 000 à 5 000, puis à plus de 400 000 abonnés
  • les studios le contactent désormais pour intégrer leurs productions

« Les créateurs capables de bâtir une audience peuvent l’emmener avec eux dans leur voyage », a-t-il dit au public.

Une salle attentive, téléphones en poche : le public que Yusuf Abdul Qadir cherche à convaincre est précisément celui qui se trouve devant lui.

Rétrospective des couvertures historiques d'Ébène Magazine de 1991 à 2026 - 35 ans de presse panafricaine.

L’IA pour produire sans millions

Derrière le format court, une révolution technique. L’intelligence artificielle permet à des créateurs à petit budget de produire des effets visuels autrefois inaccessibles.

« Si vous avez un projet de science-fiction et que vous avez besoin de VFX, l’IA peut réduire ces coûts de manière significative », a confié Yusuf Abdul Qadir à Ébène Magazine. « On n’a pas besoin de studios gigantesques. On tourne devant un écran vert et on ajoute les décors grâce à l’IA. »

Son laboratoire, l’After New York AI Creator Lab, forme gratuitement des créateurs africains et afro-américains à ces outils, avec une équipe de 30 volontaires.

Les données, seul argument qui compte

Pour convaincre des financeurs, il a un message sans détour : oubliez les communiqués de presse. « Quelles sont vos vues ? Quels sont les âges des personnes qui regardent ? Quelles sont leurs localisations ? Ce sont ces données que vous présentez aux financeurs », a-t-il dit à l’assistance. « La donnée est reine. »

Le même saut que le mobile

Sur la question des infrastructures africaines, Yusuf Abdul Qadir refuse le défaitisme. Le parallèle est limpide : le continent n’a pas eu besoin de câbles pour entrer dans l’ère numérique, il a sauté directement au sans-fil.

« Pour le cinéma, c’est la même chose. Avec les outils numériques et l’IA, on peut atteindre une qualité internationale sans studios physiques gigantesques », a-t-il révélé à Ébène Magazine.

Posséder toute la chaîne

L’enjeu, pour lui, dépasse la technique. Il s’agit de contrôler l’intégralité du processus,  de l’idée à la distribution. « L’entière propriété, de l’idéation jusqu’au visionnage, commence maintenant à être entre nos mains », a-t-il dit au public.

Son propre projet, With Liberty and Justice for Some, coproduit avec Generate Labs au Nigeria, en est la démonstration : 8 épisodes en saison 1, entièrement produits et distribués sans intermédiaire. La première saison est déjà en boîte.

La diaspora africaine n’a pas à attendre la permission de quiconque pour raconter ses histoires. Les outils sont là.

Pauline Monka, couronnée Miss RDC Diaspora France 2026 lors de la finale à Gennevilliers, affichant son écharpe officielle devant le public.

Le public du cinéma L’Arlequin suit l’exposé de Yusuf Abdul Qadir sur le micro-drama, nouveau format qui bouleverse les codes du cinéma africain.

Ce panel s’est tenu le 9 mai 2026 au cinéma L’Arlequin à Paris, dans le cadre de la 13e édition de la NollywoodWeek Film Festival, parrainée par Thomas Ngijol.

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